SGJ-Infos N°5 – Novembre 2020

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Etat d’urgence et confinement : les revendications FO

L’état d’urgence sanitaire et le confinement décidé par Macron donne à nouveau tout pouvoir au gouvernement pour restreindre de façon stricte la circulation, les réunions de tous ordres. La limitation des libertés individuelles et collectives conduit de fait à entraver sérieusement l’action syndicale, pourtant essentielle tant pour la santé des travailleurs que l’emploi et le pouvoir d’achat. Pour FO, les salariés ne doivent en rien subir les conséquences de cette situation. Le gouvernement doit en conséquence répondre immédiatement aux revendications qui ont été exprimées dans la lettre adressée au Premier ministre et au Président de la République par l’ensemble des confédérations syndicales (FO, CGT, CFDT, CFTC et CGC) : . interdire les licenciements dans tous les secteurs bénéficiant d’aide publique [et, pour FO, contrôler strictement toute procédure de suppression d’emploi quant à son motif en rétablissant une autorisation administrative]; . engager un processus de revalorisation des emplois des secteurs essentiels . annoncer le retour définitif aux dispositions de la convention 2017 de l’assurance chômage en abandonnant la réforme imposée en 2019; . annoncer le retrait du projet de réforme des retraites; . rétablir les moyens de représentation collective des salariés en revenant sur les ordonnances travail, et notamment les CHSCT. A cela s’ajoute bien sur les revendications concernant le pouvoir d’achat des salaires, à l’heure ou de très nombreux travailleurs ont vu leurs revenus chuter du fait des dispositifs mis en place avec la crise sanitaire.

 Déplacements professionnels : la carte de presse devrait suffire

Selon la direction de la presse écrite et des métiers de l’information au ministère de la Culture, la carte de presse suffira à justifier les déplacements des journalistes pendant ce second confinement et il n’y aura donc pas besoin d’avoir en plus une attestation de l’employeur. Cette attestation, est-il précisé, reste nécessaire pour tous « les autres personnels de rédaction ». Le SGJ-FO prend acte positivement de cette information. Il était en effet intervenu auprès des autorités pour exiger une réponse claire et précise de leur part, permettant d’éviter que se répètent les difficultés que nous avons connues lors du premier confinement, les forces de sécurité ne se contentant pas toujours de la carte de presse comme justificatif de déplacement « dérogatoire » mais exigeant en plus une attestation de l’employeur. Reste que cela ne règle pas tout, notamment pour tous nos confrères, et notamment des pigistes, qui ne disposent pas de la carte de presse. Rappelons que celle-ci n’a aucun caractère obligatoire à l’exercice du métier de journaliste et que sa nondétention ne doit pas servir de prétexte pour entraver le droit d’informer librement. Le SGJ veillera à ce que ce droit soit garanti pour tous dans cette période. Une autre difficulté pourrait surgir. En cas de contamination au Covid lors d’un reportage ou une interview par exemple, comment le salarié touché pourra-t-il faire valider un accident du travail si l’employeur ne reconnaît pas avoir demandé le déplacement ?

Télétravail : négocier des garanties

Avec le nouveau confinement, le télétravail est redevenu la norme pour nombre d’entre nous comme pour des millions de travailleurs. Le gouvernement le présente comme une obligation et le protocole sanitaire stipule que « les employeurs fixent les règles applicables dans le cadre du dialogue social de proximité en veillant au maintien du lien au sein du collectif et à la prévention des risques liées à l’isolement » Or, « dialogue social » ne signifie pas négociation et accord. C’est la raison pour laquelle le SGJ-FO demande que les conditions de la mise en place du télétravail fassent l’objet d’une réunion du CSE ou d’une négociation débouchant sur un accord avec les organisations syndicales. Des négociations visant à pérenniser le télétravail hors période de pandémie sont actuellement en cours ou en voie d’être engagées dans de nombreuses rédactions (AFP, France-Télévisions, Groupe Moniteur, Le Parisien…..). Notre syndicat a publié à cette occasion un guide reprenant nos principales revendications (voir sur le site http://www.journalistesfo.fr) qui valent bien sûr pour le télétravail exceptionnel imposé par ce nouveau confinement. De son côté, la Confédération FO est engagée dans des négociations en vue d’aboutir à un accord national interprofessionnel (ANI) qui permettrait de couvrir tous les travailleurs dans toutes les situations de télétravail, dans le respect des dispositions du code du travail (temps de travail, temps de repos…). Ces négociations doivent se poursuivre jusqu’au 23 novembre.

 Activité partielle : exiger partout le maintien des salaires

Depuis le 1er novembre, les salariés placés en situation d’activité partielle ne se voient plus indemnisés qu’à hauteur de 60% de leur rémunération brute, ce qui équivaut à 72% du salaire net, dans la limite de 4.5 smic. Ce taux était précédemment de 70% du salaire brut (soit 84% du salaire net). Ce niveau d’indemnisation de 70% ne reste en vigueur que pour les salariés des entreprises très affectées par les mesures liées à la crise sanitaire, en particulier celles qui exercent leur activité principale dans les secteurs du tourisme, hôtellerie, restauration, sport, culture, transport aérien ou évènementiel. Pour ce qui concerne les journalistes qui seraient concernés par le chômage partiel, c’est donc bien le taux de 60% qui devrait s’appliquer. Les entreprises ne se verront plus octroyer par l’Etat que 36% de la rémunération brute du salarié (contre 60% précédemment) et leur teste à charge restera donc plus important. Le SGJ-FO considère pour sa part que tous les salariés placés en chômage partiel ne doivent pas perdre un centime d’euro et bénéficient du maintien intégral de leur rémunération nette. Ils incitent ses représentants, dans les entreprises concernées, à revendiquer ce maintien et à obtenir de leurs employeurs des engagements clairs en ce sens. Ces engagements doivent également porter sur le maintien des primes et éléments non salariaux (tickets restaurant pas exemple) dont ils bénéficient normalement. Les employeurs en ont parfaitement les moyens compte-tenu des aides dont ils bénéficient de la part de l’Etat.

Pigistes : le gouvernement propose un fonds d’aides…

Pour « lutter contre la précarité », le gouvernement a décidé de mettre en place un fonds d’aides doté de 18 millions d’euros en 2021 et de la même somme en 2022 en faveur des pigistes. Deux réunions se sont tenues en octobre à ce sujet au ministère de la Culture, sans pour l’instant déboucher sur des décisions précises. L’élément le plus important de ce plan serait l’attribution d’une aide sociale d’urgence destinée à compenser les pertes de revenu qu’ont connu les pigistes en 2020 par rapport à l’année précédente. L’idée du gouvernement semble de « cibler » cette aide vers ceux qui n’ont pas bénéficié du chômage partiel en 2020 et ceux qui ne touchent plus d’allocation chômage. Le pourcentage de la perte de revenu qui serait compensé reste à définir, tout comme les modalités de versement (en une ou plusieurs fois). Dans le cadre de ces discussions sur ce fonds d’urgence a aussi été évoquée l’éventualité d’une prolongation des droits aux allocations chômage à l’instar de ce qu’ont obtenu les intermittents, mais l’idée ne semble guère séduire le ministère. Sont à l’étude également des aides à la garde d’enfants ou pour l’acquisition de matériel professionnel, notamment pour les photojournalistes et vidéastes. Pour le SGJ-FO, toutes les mesures d’aides financières qui ne sont pas de l’ordre du gadget sont à étudier. Mais aucune mesure d’aide conjoncturelle, aussi bienvenue soit elle, ne peut avoir d’effet à long terme sur la précarité si on ne s’attaque pas aux vraies causes de la précarité : permettre aux salariés de bénéficier d’un vrai travail, donc qu’on les emploie, d’un vrai statut professionnel dans le respect de la loi Cressard et de la Convention collective des journalistes, d’un vrai salaire et d’une vraie protection sociale (voir à ce sujet sur notre site http://www.journalistesfo.fr le communiqué sur l’accès des pigistes aux indemnités journalières sécu).

Audiens prolonge son fonds d’aide d’urgence

Audiens a décidé de prolonger jusqu’à la fin de l’année l’aide d’urgence mise en place pour venir en soutien des salariés qui ont vu leur situation sociale se détériorer du fait de la crise sanitaire et de ses conséquences sur l’emploi et les rémunérations. Ce fonds concerne tout particulièrement les journalistes rémunérés à la pige. Les demandes d’aide peuvent être adressées jusqu’au 31 décembre au service social d’Audiens (https://aide-exceptionnelle-audiens.org/).

Nouvelles attaques contre le droit d’informer

L’Assemblée nationale doit examiner le 4 novembre, selon une procédure accélérée, une proposition de loi émanant du groupe gouvernemental LREM consacrée à la « sécurité globale ». Cette PPL, soutenue notamment par l’ancien ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, vise à introduire dans l’arsenal juridique déjà imposant contre les libertés publiques, et tout particulièrement contre la liberté d’informer, une disposition qui interdit la diffusion ou la publication d’images de policiers dès lors qu’elles permettraient de les identifier. L’article 24 de cette nouvelle loi liberticide prévoit ainsi de sanctionner d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende, toute « diffusion du visage ou tout autre élément d’identification d’un fonctionnaire de police dans le but qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ». Par-delà le flou (sans jeu de mot) de l’incrimination (qui en jugera d’ailleurs ?), cette disposition entend une nouvelle fois empêcher les journalistes de faire leur travail, d’informer sur les violences policières, d’en diffuser les images sur les réseaux sociaux et dans les médias. En rendant ces violences invisibles, elle interdirait de facto toute poursuite contre leurs auteurs et serait ainsi un encouragement à les perpétrer en toute impunité. Depuis deux ans près de 200 journalistes ont été blessés en faisant leur travail lors de manifestations ou d’opérations de « maintien de l’ordre ». Cette PPL ne peut qu’encourager les forces de l’ordre à faire preuve de plus d’agressivité encore envers les journalistes qui, trop nombreux, doivent déjà subir les intimidations, les insultes, les coups parfois, la destruction ou la confiscation de leur matériel, les gardes à vue… Le SGJ-FO demande le retrait de cette nouveau texte liberticide comme celui du schéma national de maintien de l’ordre dont il n’est que le prolongement.