Nous reproduisons ici le communiqué publié ce mardi 7 avril par les représentants du personnel de La Tribune et de la Société des journalistes de La Tribune / La Tribune Dimanche. Le Syndicat général des journalistes FO apporte son plein soutien aux consoeurs et confrères en grève.
Les journalistes de La Tribune annoncent le vote d’un préavis de grève reconductible pour le lundi 13 avril prochain, en réaction au plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) massif présenté le 17 mars dernier. 92% des journalistes permanents et correspondants ont voté « Oui » pour soutenir ce préavis de grève. La participation, massive, s’élève à 89%.
Ce plan prévoit que les 56 journalistes de la rédaction seront licenciés. Seuls 32 postes seront recréés chez Next Interactive, filiale digitale du groupe RMC BFM, dans un futur “Pôle économique BFM La Tribune” aux contours flous. Parmi eux, une vingtaine de postes seulement correspondent à des postes existants à La Tribune.
Le Pôle économique a pourtant été présenté par CMA Media comme un “projet de développement ambitieux pour les deux titres”. En réalité, cette “innovation de rupture” [sic], revient à rattacher La Tribune historique à BFM Business, en supprimant la moitié de sa rédaction au passage. Mais la Direction ne l’assume pas : elle met en avant une “rédaction unique BFM Business La Tribune” factice, car il s’agira en réalité d’une juxtaposition des rédactions, chacune conservant son site, sa marque, son modèle économique et sa ligne éditoriale. Mais comment La Tribune pourrait-elle réussir à développer son audience et ses abonnements en étant amputée de la moitié de ses journalistes ? A court ou moyen terme, une absorption totale par BFM Business de ce qu’il restera de La Tribune après le PSE paraît inévitable.
En l’état, ce PSE menace l’indépendance et la survie d’un titre emblématique de la presse économique, qui a fêté en 2026 ses 41 ans. C’est aussi un coup de canif porté au pluralisme de la presse économique.
Pour éviter la mort à petit feu de La Tribune, les journalistes demandent à la direction :
• de préserver davantage de postes : de nombreuses expertises actuelles de La Tribune ne trouvent pas leur place dans le projet du Pôle économique. Les représentants des salariés demandent la création d’au moins 5 postes supplémentaires correspondant à des postes actuels.
• de présenter un projet éditorial clair, cohérent et ambitieux pour La Tribune dans le pôle économique, qui garantisse la persistance de son indépendance à long terme et son ADN généraliste.
• d’améliorer drastiquement les conditions de départ des salariés qui seront touchés par le PSE, en les alignant a minima sur le plan de départ de Next Radio TV en 2020. Actuellement, le PSE n’est aligné ni avec les moyens du Groupe, ni avec les valeurs affichées par Rodolphe Saadé.Ce PSE est indécent. Rodolphe Saadé, sixième fortune du pays, se présente comme un défenseur des médias. Mais trois ans après avoir racheté La Tribune — qui était alors à l’équilibre financier — avec les superprofits de CMA CGM, il sacrifie sa rédaction sous le prétexte d’un déficit de 2,5 millions d’euros en 2025 qu’il a lui-même creusé par des investissements trop vite arrêtés, et qui représente une goutte d’eau dans un groupe qui a réalisé la même année un bénéfice net de 2,4 milliards de dollars (2 milliards d’euros). La Tribune est par ailleurs le média qui perd le moins d’argent du pôle Presse de CMA Media (incluant La Provence, Corse-Matin et La Tribune Dimanche). Ses audiences ont même doublé sur les premiers mois de 2026 par rapport à 2025, passant à 6,5 millions de visiteurs uniques chaque mois.
A la mi-octobre, les journalistes de La Tribune et de La Tribune Dimanche avaient voté à 88 % une motion de défiance contre la direction de CMA Media pour protester contre ce projet et contre un « plan d’économies », qui actait le non remplacement de 10 % des effectifs de La Tribune et la baisse de 30 % du volume de piges des deux rédactions.
Les journalistes de La Tribune Dimanche et les salariés des fonctions support — dont la régie également touchée par le PSE — expriment leur solidarité avec les journalistes de La Tribune.
Alors que les locales de BFM sont également attaquées et que des informations de presse font état d’une “réorganisation” à la hache à venir dans le groupe RMC BFM, nous appelons tous les salariés du groupe à se mobiliser pour dénoncer et combattre la saignée sociale à venir, dont le PSE à La Tribune n’est assurément que la première étape.
Nous appelons l’ensemble des journalistes de La Tribune à une grève reconductible dès le lundi 13 avril, pour défendre l’avenir de notre titre.
Ils disaient pourtant…
« La Tribune doit rester indépendante. On ne met pas deux malades ensemble en espérant en faire des champions » — Claire Léost, directrice générale de CMA Media, en octobre 2025, à propos de BFM Business et de La Tribune.
« La fusion n’a pas de sens, notamment sur le plan économique. Quand il y a une rédaction unique, il y a un modèle qui ne tient plus, une rédaction qui disparaît au profit d’une autre » — Jean-Christophe Tortora, Directeur délégué de CMA Media et Président de La Tribune, en septembre 2025.
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