Agirc-Arrco : un accord pour la paupérisation

26/01/2016

La Morasse

Sur le fond, cet accord prépare non seulement une baisse des pensions mais aussi une baisse des salaires.

Le patronat (Medef, CGPME, UPA) et leurs trois syndicats assujettis (CFDT, CFTC et CFE-CGC) ont validé en octobre au siège du Medef, l’accord sur les caisses de retraites complémentaires du privé, l’Agirc et l’Arrco. Le prétexte est évidemment de renflouer ces caisses, certes en déséquilibre… Mais à qui la faute ? Certainement pas aux travailleurs.

La CFDT se targue d’avoir sauvé les régimes complémentaires mais elle omet de déclarer que le problème est directement lié aux 6 millions de chômeurs qui par définition ne cotisent plus ou encore aux 300 000 travailleurs détachés – UE et libéralisme obligent – qui eux travaillent pleinement (et même plus) mais dont les patrons versent de modiques cotisations aux caisses sociales de leurs pays.

Seule la CFDT (et ses petites sœurs) doit encore penser que le chômage et le tarissement des recettes des régimes sociaux de notre pays (sécurité sociale et caisses complémentaires) ne sont pas organisé par le patronat dans le seul but d’effacer d’un trait de plume nos salaires différés et ainsi relancer la croissance des profits. Tous les autres arguments (papy-boom, baisse de compétitivité, automatisation des tâches, préservation de l’environnement) ne sont que de l’habillage.

Les vrais chiffres

Les régimes Argic et Arrco annoncent respectivement un déficit de 1,98 milliard et de 1,153 milliard en 2014. De combien serait-il si le seul statut des travailleurs détachés dans toute l’Europe était supprimé ? 300 000 cotisations de plus en France et un grand nombre d’emplois sauvés si l’Allemagne ou l’Espagne (pour ne citer qu’eux) ne pratiquaient pas le dumping social.

Notons aussi que pour l’instant il n’y a pas de déficit : avant accord, l’Agirc (cadres) disposait de réserves jusqu’en 2018, et l’Arrco (tous les salariés du privé) jusqu’en 2027.

Le texte de l’accord, qui doit être formellement signé dans les jours qui viennent, vise 6,1 milliards d’économies à l’horizon 2020, de manière à limiter à 2,3 milliards d’euros le déficit cumulé des deux régimes.

Parmi ses principales mesures : une incitation à travailler plus longtemps via un système de bonus-malus, une moindre revalorisation des retraites ou encore une fusion des régimes Agirc-Arrco. Comme prévu, la CGT et Force ouvrière ont refusé de signer cet accord, qui ouvre selon elles la voie à un report de l’âge de départ à la retraite. Philippe Pihet (FO) a dénoncé un texte «déséquilibré» tandis qu’Eric Aubin (CGT) a déploré une «régression». Côté Medef, le négociateur Claude Tendil a, lui, salué «un bon accord pour l’ensemble des partenaires signataires, puisque nous sommes six à signer», jugeant avoir atteint son objectif.

 

A partir de 2016

Sous-indexation : 2,1 milliards d’économies à l’horizon 2020: Une moindre revalorisation des pensions pendant trois ans (1 point de moins que l’inflation), avec toutefois une «clause plancher» pour empêcher une diminution.

Décalage de la revalorisation annuelle : 1,3 milliard d’économies: La date de revalorisation des pensions sera décalée au 1er novembre (au lieu d’avril).

Augmentation du prix d’achat du point : 100 millions d’euros d’économies : Augmentation du prix d’achat du point pendant trois ans, de manière à diminuer le rendement des régimes pour le futur retraité. Pour 1 000 euros cotisés, le salarié a actuellement 65,6 euros de rente, il n’aura plus que 60 euros dans trois ans.

A partir de 2019

Bonus/malus pour reculer de l’âge de départ à la retraite : 500 millions d’euros d’économies dès 2020 par la mise en place, à compter du 1er janvier et ceux nés à partir de 1957, d’un bonus-malus pour inciter les salariés à travailler un an de plus une fois qu’ils ont rempli les deux conditions nécessaires pour partir avec une retraite à taux plein (âge légal et durée de cotisation). Un salarié disposant de toutes ses annuités(41,5 années pour ceux nés en 1957, par exemple) et qui prendrait sa retraite à 62 ans, verrait sa retraite complémentaire amputée de 10% par an pendant deux voire trois ans, avant d’obtenir une retraite à taux plein à 65 ans. En revanche, s’il travaille jusqu’à 63 ans, ce malus temporaire serait annulé. Il bénéficierait même pendant un an d’un bonus de 10% s’il restait deux ans de plus en activité, bonus de 20% pour trois ans de plus et de 30% pour quatre ans de plus. Les personnes pouvant partir dès 60 ans (carrières longues) et celles devant travailler au-delà de 62 ans pour avoir toutes leurs annuités seront également concernées par ce système, qui s’applique au maximum jusqu’à 67 ans.

Les nouveaux retraités exonérés de CSG seront dispensés. Ceux qui sont soumis à son taux réduit pourront subir des décotes de 5% pendant 3 ans. Des dérogations sont également prévues pour les salariés handicapés (50% d’incapacité) et les aidants familiaux.

Les patrons ne mettront pas la main à la poche. La solution de 800 millions d’économies supplémentaires par l’augmentation des cotisations patronales (passage du «taux d’appel» de 125 à 127%) sera compensée une baisse des cotisations versées à la branche accidents du travail-maladies professionnelles (excédentaire).

La création d’un nouveau régime réunissant l’Agirc et l’Arrco est également prévue à cet horizon. Tout comme la mise en place d’une nouvelle répartition des cotisations à l’Agirc : 60% à la charge de l’employeur et 40% à celle des salariés (contre respectivement 62 et 38% actuellement), comme c’est le cas à l’Arrco.

 

 

Souscrire

Souscrire à nos flux RSS et profils sociaux pour recevoir les mises à jour.

Les commentaires sont fermés.