Quand le groupe Rossel piétine les droits et le travail de ses journalistes

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Qui arrêtera le groupe Rossel ?

Refus d’appliquer la loi sur les droits voisins des journalistes, en la contournant par tous les moyens y compris le chantage à l’emploi ; volonté d’imposer l’utilisation de l’IA hors de tout cadre légal ; baisse constante des effectifs de ses titres : le groupe franco-belge n’a de cesse de piétiner les droits et le travail de ses journalistes.

Rossel n’est, hélas, pas le seul groupe à vouloir compenser la baisse de ses résultats en sabrant les emplois, en vidant et en pressurisant les rédactions, même s’il reste largement bénéficiaire : une dizaine de millions d’euros de dividendes versée aux actionnaires en 2023 !

De là à multiplier les agressions contre la profession au mépris de toute règle, il y a un pas que les journalistes et leurs organisations syndicales ne sauraient accepter.

Qui veut la peau de la Commission droits voisins ?

C’est la mère des batailles pour Rossel : tout faire pour ne pas appliquer la loi sur les droits voisins qui permet (théoriquement) aux journalistes, depuis 2019, de se voir attribuer une part « équitable » des sommes que les éditeurs de presse touchent des GAFAM pour l’utilisation de leur production journalistique sur les plates-formes.

Une loi que Rossel n’entend pas appliquer du tout, ou alors au minimum du minimum, obligeant les syndicats à saisir à chaque fois le Commission des droits voisins. Et même là, le groupe fait de la résistance en refusant de se plier au jugement de la Commission. Cela a été le cas à 20 minutes d’abord, aujourd’hui à la Voix du Nord et au Courrier picard où les journalistes n’ont toujours rien touché des 22% accordés.

À 20 minutes, le directeur du groupe Bernard Marchant n’a pas hésité à recourir au chantage à l’emploi lors du changement de l’actionnariat, conditionnant le sauvetage du titre à la diminution drastique de la part des droits voisins des journalistes, en imposant par référendum, un pourcentage de 5%, alors que la Commission avait tranché pour 18%.

Un développement de l’IA au mépris de la loi et des principes éthiques

À rebours des principes de bonnes pratiques prônées dans ses « chartes », Rossel vient de s’illustrer au quotidien Paris-Normandie en siphonnant et en recyclant, grâce à l’IA de Google, des articles d’autres titres de presse. Cette « activité » confiée à un seul CDD, était destinée à diffuser des « articles » concernant des départements hors de sa zone de couverture, mais où Paris Normandie aimerait pouvoir publier des annonces judiciaires et légales.

Bien évidemment, il n’a jamais été demandé aux auteurs des articles originaux, ni d’ailleurs aux titres concernés, s’ils acceptaient que leur production soit ainsi pillée et leurs droits élémentaires d’auteurs bafoués.

Pas plus que Rossel n’a consulté les représentants du personnel et le CSE de Paris Normandie sur l’usage de l’IA (a fortiori de cette manière honteuse). C’est d’ailleurs une constante dans tous les titres du groupe.

Que ce soit à l’Union ou au Courrier picard, Rossel se refuse à toute information-consultation du CSE, procédure rendue obligatoire par l’article L 2312-8 du Code du travail qui permettrait de mesurer l’impact de l’utilisation de l’IA sur l’emploi, les conditions de travail, la santé de tous, le respect de nos principes et de l’éthique professionnels, de la propriété intellectuelle et de nos droits d’auteur.

Et pourtant, souvent sans aucun garde-fou, l’IA ne cesse de monter en puissance dans les titres du groupe, tendance aggravée avec l’arrivée en février d’un nouveau logiciel, baptisé CUE FONTANA, qui permettra, selon la direction, « d’intégrer des fonctionnalités d’intelligence artificielle directement au sein de notre outil d’édition et de publication ».

De vrais PSE et d’autres en sourdine

Les risques sur l’emploi liés à l’IA ne sont pas une vue de l’esprit. D’autant qu’en matière de suppressions de postes, le groupe Rossel a déjà montré de quoi il était capable !

À la Voix du Nord, entre 2011 et 2015, 60 postes de CDI ont été supprimés dans le cadre d’un plan social, suivi en 2025 d’un nouveau plan supprimant cette fois 178 postes sur 700.

Au Courrier picard, 20 postes supprimés dans le cadre d’un PSE avec en prime la suppression du service des éditeurs remplacé par une boîte qui ne produit que des maquettes avec des salariés qui ne sont pas journalistes !

À ces plans, s’ajoutent les fusions ou les disparitions d’agence, le non remplacement des partants, la baisse drastique des reporters sur le terrain. Des PSE en sourdine en quelque sorte que les journalistes et les salariés de l’Union ne connaissent que trop, eux dont les effectifs sont passés en 5 ans de 220 salariés à 205.

Et dans le même temps, il est demandé aux équipes rédactionnelles de produire toujours plus et toujours mieux. La pression, le mal-être et la détérioration des conditions de travail ne cessent d’empirer, au détriment de la qualité de l’information.

Pour le SGJ-FO, il est grand temps de mettre un terme à ces pratiques.

Respect de la loi et des décisions de la Commission sur les droits voisins.

Ouverture de négociations dans tous les titres sur l’utilisation de l’IA

Arrêt des suppressions d’emplois et embauche des effectifs nécessaires.

Pour vous défendre, rejoignez le Syndicat général des journalistes FO.
Contact : fo.journalistes@gmail.com


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