Nous publions ici l’intégralité de l’interview de la secrétaire générale du SGJ-FO par les étudiants du Celsa et du master de journalisme de Cergy Paris Université lors du 100e Congrès de la FIJ à Paris.
À l’occasion du congrès du Centenaire de la FIJ, plusieurs syndicats français de journalistes étaient présents, parmi lesquels le Syndicat Général des Journalistes Force Ouvrière (SGJ-FO). Gwenaël Bourdon, secrétaire générale du syndicat et journaliste au Parisien, a relevé une “nécessité d’un combat collectif” à l’international, face à “une période très compliquée pour le journalisme”.
Quels sont les enjeux de Force Ouvrière à la 32ème édition du congrès du Centenaire de la FIJ ?
GB : Pour le SGJ-FO, c’était vraiment important de participer à ce congrès et d’essayer d’y contribuer. On est un petit syndicat avec des petits moyens, mais on a quand même essayé d’aider un peu à l’organisation et d’y participer. Ce congrès a lieu dans un contexte particulier, où partout dans le monde, il y a des remises en cause de plus en plus claires de libertés. Celles d’informer et d’être informé, de s’exprimer et aussi des libertés démocratiques et syndicales. Le congrès est un moment de solidarité, mais aussi de réflexion collective sur la manière de combattre ensemble, pour défendre nos libertés et pour défendre l’existence des journalistes avec un statut qui leur permet d’exercer leur métier.
La solidarité internationale est parfois un peu éloignée des préoccupations premières des salariés, des syndicats. Comment dépasser cette perception ?
GB : Je n’ai pas l’impression que ce soit éloigné des préoccupations. C’est évidemment éloigné de la réalité quotidienne, en apparence. On s’en est rendu compte en écoutant les témoignages d’un certain nombre de délégués présents lors de ce congrès. Le devoir d’informer est confronté à des difficultés très différentes selon les endroits dans le monde. Mais sur le fond, ça passe par les mêmes choses. Un journaliste pour pouvoir informer, il a besoin d’être libre, de ne pas être sous la menace de la censure, de la prison, de la répression.
Il a besoin d’avoir un statut, un salaire, des conditions de travail qui lui permettent de faire son travail dans de bonnes conditions. Ça c’est commun à tous. Et après, je pense qu’il y a eu un sentiment d’indignation très fort au cours de ces dernières années, sur la situation de journalistes, de populations, en proie à la répression, au bombardement, à la guerre. La situation à Gaza, plus largement en Palestine, au Liban, en Iran.
La répression terrible qui est faite aux journalistes dans le monde entier, les guerres ; je pense que ça a soulevé un sentiment d’indignation et une préoccupation chez les journalistes. De ce point de vue-là, je pense qu’on est, aujourd’hui, dans un moment où on se rend compte que la situation internationale se durcit dans des tas d’endroits. Et je pense que ça engendre un sentiment de solidarité, de nécessité d’un combat collectif, chez beaucoup de journalistes, en France et ailleurs.
Quels seraient les obstacles à cette solidarité aujourd’hui ?
GB : D’abord, on a entendu parler de toutes les difficultés qu’ont eu un certain nombre de délégués, censés être présents à ce congrès international, pour obtenir leur visa. Les premiers obstacles, ce sont les entraves à la liberté de circulation, à la liberté d’expression, des obstacles très matériels. Quand on est dans un pays en guerre, c’est compliqué.
Mais en même temps, je crois que c’est un peu la force de ce congrès et c’est aussi ce que je retiens. C’est le récit qu’ont pu tenir Anthony Bellanger et des délégations. Des initiatives qui auraient pu être prises de façon internationale, des initiatives de solidarité matérielle, financière et puis de soutien à des mouvements de revendications. Je retiens notamment la situation en Mauritanie, où plus de 1800 journalistes se sont mobilisés. Le fait que la FIJ soit venue leur porter soutien, ait fait un certain nombre de démarches à leurs côtés, ça a aussi pesé dans l’obtention de leur régularisation. Ça, je crois que c’est vraiment très fort.
Vous parlez des conflits internationaux. Pour vous, ça renforce la nécessité de coopération à l’international ?
GB : Je pense que oui, c’est un enjeu important pour les années à venir. Je le dis à mon petit niveau. Force Ouvrière vient de réadhérer à la Fédération Internationale des journalistes. C’est la première fois que je participe à un congrès. Je pense que cette fédération joue un rôle très important dans un certain nombre de pays, par un certain nombre d’initiatives et que c’est important de pouvoir les poursuivre et les soutenir autant que possible.
Qu’est-ce que vous attendez de cette édition de la FIJ ?
GB : J’attends que, dans la période qui s’ouvre – on devine qu’elle va être toujours très compliquée pour le journalisme – des initiatives soient prises à l’international, en défense aux journalistes, à leur statut, à la liberté d’informer et à celle d’être informé.
Par Thomas Assioui, Coline Lafargue et Clémence Bessé
[Couverture par les étudiants du Celsa et du master de journalisme de Cergy Paris Université du 100e Congrès de la FIJ à Paris.]
Force Ouvrière: We need to fight this battle together, says General Secretary Gwenaël Bourdon
Several French journalists’ unions were present at the IFJ Centenary Congress, including the Syndicat Général des Journalistes Force Ouvrière (SGJ-FO). Gwenael Bourdon, the union’s general secretary and a journalist at Le Parisien, highlighted the “need for a collective struggle” at an international level, in the face of “a very difficult period for journalism”.
What are Force Ouvrière’s priorities at the 32nd edition of the IFJ Centenary Congress?
GB: For the SGJ-FO, it was really important to take part in this congress and try to contribute to it. We are a small union with limited resources, but we still tried to help a little with the organisation and to participate. This congress is taking place against a particular backdrop, where, all over the world, freedoms are being increasingly and clearly challenged. These include the freedoms to inform and be informed, to express oneself, as well as democratic and trade union freedoms. The congress is a moment of solidarity, but also of collective reflection on how to fight together, to defend our freedoms and to defend the livelihoods of journalists with a status that allows them to practise their profession.
International solidarity is sometimes seen as somewhat removed from the primary concerns of employees and trade unions. How can we overcome this perception?
GB: I don’t feel that it is removed from their concerns. It is, of course, seemingly removed from daily reality. We realised this by listening to the testimonies of a number of delegates present at this congress. The duty to inform faces very different challenges depending on where in the world you are. But fundamentally, it comes down to the same things. For a journalist to be able to report, they need to be free, not under the threat of censorship, imprisonment or repression.
They need to have a status, a salary and working conditions that allow them to do their job properly. That is common to all. And then, I think there has been a very strong sense of outrage in recent years regarding the situation of journalists and populations facing repression, bombardment and war.
The situation in Gaza, more broadly in Palestine, in Lebanon, in Iran. The terrible repression faced by journalists worldwide, the wars; I think this has sparked a sense of outrage and concern among journalists. From that perspective, I think we are, today, at a point where we realise that the international situation is hardening in many places. And I think this fosters a sense of solidarity, of the need for a collective struggle, among many journalists, in France and elsewhere.
What might be the obstacles to this solidarity today?
GB: Firstly, we have heard about all the difficulties faced by a number of delegates, who were supposed to attend this international congress, in obtaining their visas. The first obstacles are the restrictions on freedom of movement and freedom of expression – very tangible obstacles. When you are in a country at war, it is complicated. But at the same time, I believe that is partly the strength of this congress and it is also what I take away from it. It is the account given by Anthony Bellanger and the delegations. Initiatives that could have been taken at an international level, initiatives of material and financial solidarity, and then support for protest movements. I would particularly highlight the situation in Mauritania, where more than 1,800 journalists have come together. The fact that the IFJ came to support them and took a number of steps alongside them also played a part in securing their legal status. I think that’s really powerful.
You mention international conflicts. Do you think this reinforces the need for international cooperation?
GB: I think so; it’s a major issue for the years ahead. I’m speaking from my own limited perspective. Force Ouvrière has just rejoined the International Federation of Journalists. This is the first time I’ve attended a congress. I think this federation plays a very important role in a number of countries, through a number of initiatives, and that it is important to be able to continue and support them as much as possible.
What are you expecting from this edition of the IFJ?
GB: I hope that, in the period ahead – which we can guess will continue to be very difficult for journalism – initiatives will be taken at an international level to defend journalists, their status, the freedom to inform and the freedom to be informed.
By Thomas Assioui, Coline Lafargue and Clémence Bessé
Translated by AI, DeepL
Force Ouvrière: Es necesario librar una lucha colectiva, según la secretaria general Gwenaël Bourdon
Con motivo del congreso del centenario de la FIP, asistieron varios sindicatos franceses de periodistas, entre ellos el Sindicato General de Periodistas de Force Ouvrière (SGJ-FO). Gwenael Bourdon, secretaria general del sindicato y periodista de Le Parisien, señaló la «necesidad de una lucha colectiva» a nivel internacional, ante «un periodo muy complicado para el periodismo».
¿Cuáles son los retos de Force Ouvrière en la 32.ª edición del congreso del Centenario de la FIP?
GB: Para el SGJ-FO, era realmente importante participar en este congreso e intentar contribuir a él. Somos un sindicato pequeño con pocos recursos, pero aun así hemos intentado ayudar un poco en la organización y participar en ella. Este congreso se celebra en un contexto particular, en el que en todo el mundo se están cuestionando cada vez más claramente las libertades. Las de informar y ser informado, de expresarse, así como las libertades democráticas y sindicales. El congreso es un momento de solidaridad, pero también de reflexión colectiva sobre cómo luchar juntos para defender nuestras libertades y la existencia de los periodistas con un estatuto que les permita ejercer su profesión.
La solidaridad internacional a veces parece un poco alejada de las preocupaciones principales de los trabajadores y los sindicatos. ¿Cómo superar esta percepción?
GB: No tengo la impresión de que esté alejada de las preocupaciones. Evidentemente, está alejada de la realidad cotidiana, en apariencia. Nos hemos dado cuenta de ello al escuchar los testimonios de varios delegados presentes en este congreso. El deber de informar se enfrenta a dificultades muy diferentes según el lugar del mundo. Pero, en el fondo, pasa por lo mismo. Para poder informar, un periodista necesita ser libre, no estar bajo la amenaza de la censura, la cárcel o la represión. Necesita tener un estatus, un salario y unas condiciones de trabajo que le permitan hacer su trabajo en buenas condiciones. Eso es común a todos. Y luego, creo que ha habido un sentimiento de indignación muy fuerte en los últimos años por la situación de los periodistas y de las poblaciones, víctimas de la represión, los bombardeos y la guerra. La situación en Gaza, y más ampliamente en Palestina, en el Líbano, en Irán. La terrible represión que sufren los periodistas en todo el mundo, las guerras; creo que eso ha suscitado un sentimiento de indignación y preocupación entre los periodistas. Desde ese punto de vista, creo que hoy nos encontramos en un momento en el que nos damos cuenta de que la situación internacional se está endureciendo en muchos lugares. Y creo que eso genera un sentimiento de solidaridad, de necesidad de una lucha colectiva, entre muchos periodistas, en Francia y en otros lugares.
¿Cuáles serían los obstáculos para esta solidaridad hoy en día?
GB: En primer lugar, hemos oído hablar de todas las dificultades que han tenido algunos delegados, que se suponía que iban a estar presentes en este congreso internacional, para obtener su visado. Los primeros obstáculos son las trabas a la libertad de circulación, a la libertad de expresión, obstáculos muy materiales. Cuando se está en un país en guerra, es complicado. Pero, al mismo tiempo, creo que ahí radica en parte la fuerza de este congreso y es también lo que me quedo. Es el relato que han podido ofrecer Anthony Bellanger y las delegaciones. Iniciativas que podrían haberse tomado a nivel internacional, iniciativas de solidaridad material, financiera y de apoyo a los movimientos reivindicativos. Destaco, en particular, la situación en Mauritania, donde más de 1800 periodistas se han movilizado. El hecho de que la FIP acudiera a apoyarles, de que realizara una serie de gestiones a su lado, también influyó en la obtención de su regularización. Eso, creo que es realmente muy importante.
Usted habla de los conflictos internacionales. ¿Cree que esto refuerza la necesidad de la cooperación internacional?
GB: Creo que sí, es un reto importante para los próximos años. Lo digo desde mi modesta perspectiva. Force Ouvrière acaba de volver a afiliarse a la Federación Internacional de Periodistas. Es la primera vez que participo en un congreso. Creo que esta federación desempeña un papel muy importante en varios países, a través de diversas iniciativas, y que es importante poder continuarlas y apoyarlas en la medida de lo posible.
¿Qué espera de esta edición de la FIP?
GB: Espero que, en el periodo que se avecina —se intuye que seguirá siendo muy complicado para el periodismo—, se adopten iniciativas a nivel internacional en defensa de los periodistas, de su estatus, de la libertad de informar y de la libertad de estar informado.
Por Thomas Assioui, Coline Lafargue y Clémence Bessé
Translated by AI, DeepL
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