L’amère potion des actionnaires

30/09/2014

Libération, PQN

Le plan social annoncé à la mi-septembre par les actionnaires de Libération pour « réduire le déficit permanent » du journal a fait l’effet d’un véritable coup de massue. Près des 2/5e des emplois vont passer à la trappe : 93 sur 250. Sur les 180 journalistes de la rédaction, il n’en restera que 130.

Et pour ceux qui n’accepteraient pas les « départs volontaires », la direction a choisi de manier le gros bâton : les salariés devront signer de nouveaux contrats de travail incluant notamment une sidérante « clause de non-dénigrement de l’entreprise ». Tous ceux qui refuseront ces nouveaux contrats feront l’objet d’une procédure de licenciement !

Dès le mois d’août, Laurent Joffrin, le directeur de la publication, avait prévenu : « L’objectif (des suppressions d’emplois) devra être atteint, faute de quoi les coûts salariaux resteraient impossibles à supporter ». On ne saurait être plus clair. Mais de là à vouloir interdire toute expression libre via cette « clause de non-dénigrement » aux relents parfaitement totalitaires !

Et que valent dans ces conditions les affirmations du même Joffrin affirmant sans rire que Libération défend la « cause d’un journalisme libre, au service d’un monde plus humain et plus juste ». Pas en son sein apparemment. D’autant que la saignée dans les emplois s’accompagne d’une réorganisation visant à imposer notamment une « unification de la rédaction » qui devra travailler désormais sur tous les supports.

La recette n’est pas nouvelle, mais partout où les directions des journaux l’ont choisie, elle a donné les mêmes résultats : aggravation des conditions de travail, baisse de la qualité, sans pour autant améliorer bien au contraire les ventes. Avec au final, de nouvelles suppressions d’emplois.

« Est-ce qu’on va devenir le nouveau France-Soir », s’interrogeait un des piliers de la rédaction de Libération. C’est effectivement un risque dont il appartient à la profession et à ses organisations de se prémunir en se mobilisant pour que Libération reste un journal et vive.

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