France télévisions : chaîne info et travail à la chaîne

25/01/2016

La Morasse

Il y a l’effet d’annonce et la mise en avant de la force de frappe que représente l’addition des 3 000 journalistes de France Télévisions. Il y a l’idée séduisante sur le papier de créer une nouvelle chaîne de service public consacrée à l’information. Il y a la volonté affichée de s’adapter aux nouveaux modes de consommation de l’info. Il y a désormais un document intitulé « Marché de Prestation Service » qui fixe le cadre, décrit le « périmètre fonctionnel du marché » et les « prestations demandées. » Et là, quand on redescend sur terre et qu’on est journaliste, on ne peut que s’inquiéter.
L’industrialisation caricaturale de l’information
Ce document « confidentiel » annonce et décrit une « usine à nouvelles » en anglais (news factory) des temps modernes. Ainsi, selon le cahier des charges intitulé Programme Fonctionnel Initial, le « prestataire intégrateur » devra concevoir, approvisionner, intégrer, assister et… proposer des solutions innovantes. Entre la livraison d’un « système clé en main » aux dispositions techniques à « caractère systémique » et la réalisation de modules fabriqués au sein d’un « atelier des modules » on est de plus en plus dans l’univers de l’usine.
Une organisation centralisée et déshumanisée
Pour réaliser le « flux en direct », si la la chaîne d’information de France Télévisions s’appuiera sur l’expertise des rédactions nationales et la « commande ou fabrication » aux partenaires du projet, elle disposera de moyens dédiés : on est heureux de l’apprendre. Mais, avec des « structures légères et des personnels polyvalents. » Bienvenue dans le monde des O.S. ! Il conviendra donc de « s’affranchir des contraintes et des méthodes de fabrication classiques » pour imaginer des « workflows » plus fluides et réactifs.

Le document poursuit en évoquant la création d’une « zone régie de fabrication » sorte de tour de contrôle de l’info. Là encore, l’entreprise Orwellienne pointe le bout de son nez et pas qu’un peu : « Les postes de travail seront à créer… Dans l’étude du dialogue compétitif ! » Ou encore « la conquête des réseaux sociaux nécessite d’intégrer les langages et les codes spécifiques à chaque réseaux. »

En résumé, on aboutit à une uniformisation de l’information ou un tout petit nombre de directeurs éditoriaux décident du contenu des journaux télévisés tandis que les journalistes partent à la chasse aux images et aux interviews qui seront versées dans un serveur ou d’autres journalistes viendront puiser des « éléments » pour fabriquer des « moutures » à destination des différentes éditions. C’est la logique de l’industrialisation de l’info, avec un mode de production et des formats calibrés comme chez Mac Do.
Une logique de nivellement et de soumission
Pour les journalistes FO, cette logique et ce contenu sont ceux d’une chaîne de conception et de ligne éditoriale néo-libérale. Sous couvert de modernité, il s’agit en fait d’adapter à la politique d’austérité et de détruire la profession. Gains de productivité, casse des métiers, polyvalence, jeunisme, peu importe le prix à payer pour les citoyens et la démocratie.

Face à une concurrence privée contrôlée par les grands groupes, la nouvelle chaîne info du service public a choisi d’adopter les codes, les mots et les moyens de fonctionnement de ses concurrents. Quand la priorité est donnée à « l’interactivité rapide dans l’antenne linéaire…Incarnée dans des écrans ciblés », on se demande si ce n’est pas le droit des citoyens à une information de service public libre et pluraliste qui est déjà mis à terre. « A force de vouloir imiter les autres, on finit par leur ressembler » disait Léon Trotsky.
On respire un peu, mais sans trop y croire, en apprenant que les personnels des réseaux France 3 et Outremer seront associés sur la « base du volontariat ». Pas de STO donc pour la chaîne Info. À voir.

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