Non, l’abattement des journalistes n’est pas un « privilège » de nantis

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Le 15 octobre 2026, les députés ont voté un amendement remettant en cause l’abattement fiscal dont bénéficient les journalistes. Si cette mesure était confirmée, elle aurait de lourdes conséquences pour notre profession.

Souvent présenté à tort comme un « privilège » de nantis, l’abattement fiscal fait partie intégrante du statut des journalistes professionnels. Créé pour compenser la faiblesse des rémunérations accordées par les patrons de presse, cet abattement peut être considéré comme une « aide indirecte à la presse », les employeurs en tirant régulièrement argument pour imposer des rémunérations basses.

Le SGJ-FO se bat pour défendre cet abattement qui est régulièrement remis en cause par les pouvoirs publics qui, après l’instauration d’un montant de 7 650 euros déductibles, ont limité son application aux journalistes déclarant des revenus inférieurs à 93 510 euros.

Que dit l’amendement adopté le 15 octobre et quel serait l’impact d’une telle mesure ?

Initié par le groupe LFI cet amendement conserve l’abattement de 7 650 euros, mais plafonne à 850 euros par an l’économie d’impôt. L’objectif annoncé serait de limiter la dette au motif que le dispositif actuel, « grève la ressource publique de 50 millions d’euros chaque année ». D’autres sources parlent de 35 millions.

Contrairement à ce qu’affirment les initiateurs du texte, la mesure votée risque bel et bien de pénaliser des journalistes aux revenus moyens. Trois tranches sont concernées par le dispositif d’abattement :

  • La tranche à 11 % (revenus annuels déclarés de 11 601 à 29 579 euros) : pour les journalistes aux revenus les plus faibles, ce plafonnement de l’économie d’impôt devrait en théorie ne provoquer aucune perte, l’économie actuelle étant en moyenne de 757 euros. Mais certains pourraient tout de même être touchés du fait de la décote qui réduit automatiquement l’impôt des foyers modestes et augmente en proportion l’avantage de l’abattement. L’économie totale pouvant alors dépasser le plafond des 850 euros.
  • La tranche à 30 % (revenus déclarés de 29 580 à 84 577 euros) : dans cette tranche, qui concerne bon nombre de journalistes, la perte serait d’environ 1216 euros par an avec une réduction d’impôt de 850 euros contre 2066 actuellement.).
  • La tranche à 41 % (revenus déclarés de 84 578 à 181 917 euros) : seuls les journalistes dont la rémunération brute annuelle est inférieure à 93 510 euros sont concernés. Pour ces derniers, la perte serait de 1973 euros (une réduction d’impôts de 850 euros contre 2823 actuellement).

Tout dépend aussi du foyer fiscal : un.e pigiste aux revenus modestes marié.e à une personne correctement rémunérée pourrait par exemple être touché.e.

Une question de méthode

Malgré les belles phrases des initiateurs de cet amendement sur la faiblesse des rémunérations dans la profession, le plafonnement ne changera rien à la précarité et à la perte de pouvoir d’achat des journalistes. Il va même aggraver la situation de ceux qui bénéficient de revenus moyens, loin d’être « indécents » (dixit l’amendement).

Rappelons que notre profession subit actuellement une avalanche de plans sociaux et de rachats entraînant la suppression de centaines d’emplois, la détérioration de nos conditions de travail, les menaces de l’IA sur l’emploi et les contenus rédactionnels, ainsi que des entraves toujours plus nombreuses à la liberté d’informer.

Dans ce contexte, on ne peut que déplorer la méthode qui consiste à s’en prendre une nouvelle fois aux acquis sociaux et professionnels sans la moindre concertation avec les représentants des salariés concernés. Rien ne justifie, dans ces conditions, une telle remise en cause.

Le SGJ-FO se tient prêt à toute initiative intersyndicale en défense de notre abattement.


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