Liberté d’informer : les syndicats demandent une audience urgente à Emmanuel Macron

Violences policières, atteintes à la liberté de manifester, restrictions de la liberté d’informer, remise en cause de la protection des sources, pierre angulaire de la liberté de la presse, au vu de ces incidents les plus récents, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO viennent de solliciter une audience urgente au président de la République Emmanuel Macron.

Ce rendez-vous est destiné à lui faire part de la réprobation de la profession et obtenir au plus haut niveau l’engagement que cessent ces attaques de l’appareil d’Etat contre les libertés constitutionnelles que sont la liberté d’informer et d’être informé, et plus largement les atteintes aux libertés fondamentales en France, pays des Droits de l’homme.

SNJ – SNJ-CGT – CFDT Journalistes – SGJ-FO

Paris, le 6 juin 2019

Monsieur le Président,

Il y a près d’un mois, le 3 mai 2019, une place de Paris a été inaugurée en hommage à trois journalistes tués dans l’exercice de leur profession : Ghislaine Dupont et Claude Verlon (RFI), assassinés au Mali le 2 novembre 2013, et Camille Lepage le 12 mai 2014 en République centrafricaine. Leurs cas ne sont pas isolés, et en 2018 encore, 80 journalistes ont été tués dans le monde, y compris en Europe. Cette hécatombe qui est dénoncée, année après année, repose en grande partie sur l’impunité des assassins et leurs commanditaires. C’est pourquoi la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ, 600 000 adhérents dans 146 pays) mène campagne pour faire adopter par l’assemblée générale des Nations Unies une Convention contre l’impunité. Plusieurs dizaines de pays se sont déjà engagés à la voter. La France ne s’est toujours pas prononcée.

Les organisations syndicales SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes, membres de la FIJ, sont pleinement associés à cette démarche. Dans un monde en crise, où les affrontements, armés ou non, sont nombreux, plus que jamais les journalistes de toutes les formes de presse ont un rôle indispensable à jouer pour informer la population et éclairer les citoyens. Il est inconcevable que la France, touchée au cœur en janvier 2015 par l’attentat de Charlie Hebdo, n’ait toujours pas à ce jour rappelé son attachement aux libertés en proclamant haut et fort qu’elle voterait ce projet. De par son histoire, son influence à travers le monde, la France a un rôle prépondérant à jouer sur les questions relatives au respect des droits de l’Homme, des droits fondamentaux.

A ce titre, un certain nombre d’événements, survenus ces derniers mois sur le territoire français, ne manquent pas de nous inquiéter très fortement. Depuis novembre 2018, de très nombreux journalistes ont été pris à partie ou molestés dans l’exercice de leurs fonctions, par des agresseurs se revendiquant de leur appartenance au mouvement des Gilets Jaunes, conséquence d’un déferlement de haine aggravé par le « media-bashing » auquel se sont laissés aller depuis de nombreux mois des responsables politiques de tous bords.

Parallèlement à ces débordements extrêmement inquiétants, plusieurs dizaines de consœurs et confrères ont été victimes de violences policières lors de ces manifestations sociales d’une ampleur et d’une durée inédites. Certains ont été empêchés de travailler, injuriés ou bousculés par des représentants des forces de l’ordre, matériels saisis et détruits, cartes de presse confisquées. D’autres ont fait les frais d’une politique de maintien de l’ordre ultra-répressive et d’une absence de discernement qui ont mutilé plusieurs centaines de personnes parmi les manifestants. D’autres ont été visés délibérément par les forces de l’ordre, et blessés, gravement parfois. Enfin, dernièrement, plusieurs reporters ont été interpellés, et placés en garde à vue, événements qui ont créé une émotion compréhensible dans un État de droit.

Les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et le SGJ-FO soutiennent l’ensemble des journalistes ayant déposé plainte en raison d’atteintes de diverse gravité de la part de manifestants. En même temps, ils exigent que toute la lumière soit faite sur le comportement des forces de sécurité, dont certains représentants ont agi en totale contradiction avec les assurances données par le ministre de l’Intérieur lorsque celui-ci a accepté de nous recevoir à notre demande, dès le 30 novembre.

A plusieurs reprises, ces derniers mois, des journalistes ont été convoqués par la justice afin d’être entendus en tant que complices, pour des procédures engagées alors qu’ils ne faisaient que couvrir l’actualité. Et comme si cette escalade ne devait connaître aucun répit, plusieurs médias ont été visés le mois dernier par une plainte du ministère de la Défense, après la divulgation d’informations sur l’utilisation d’armes françaises au Yémen.

Dans le cadre de cette affaire dite des « Yemen Papers », trois journalistes ont été convoqués les 14 et 15 mai puis un quatrième ce 22 mai, le 28 mai un autre confrère de Disclose et le 29 mai une grand reporter du Monde, le directeur du quotidien étant lui-même « invité », à la DGSI (Direction générale de Sécurité intérieure), en tout dix personnes, dont huit journalistes en quelques semaines, du jamais vu ! Ces convocations, par le procureur de la République de Paris, qui n’ont d’autre objectif que d’intimider les journalistes, portent gravement atteinte à la protection du secret des sources, pourtant garantie en France par la loi du 4 janvier 2010 inscrite dans la loi de 1881 sur la liberté de la presse.

Mercredi 22 mai à Paris, le SNJ a été auditionné par Michel Forst, rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des défenseurs des droits de l’homme, et Clément Nyaletsossi Voule, rapporteur spécial sur le droit de réunion pacifique et d’association. Leur objectif était d’entendre la profession suite aux réponses de la France à leur lettre d’allégation. « Si la France continue dans cette voie et n’arrête pas les atteintes aux libertés fondamentales, il y aura un impact dans d’autres pays dans le monde. La France ne doit pas institutionnaliser les violences policières et l’emploi de la force. Nous attendons de la France qu’elle reconnaissance sa défaillance ». Ce 28 mai, le SNJ et le SNJ-CGT ont été entendus par la commission du CESE sur les droits fondamentaux qui, parallèlement à la Commissaire européenne pour les droits de l’homme, poursuit ses investigations au niveau européen.

Violences policières, atteintes à la liberté de manifester, restrictions de la liberté d’informer, remise en cause de la protection des sources, pierre angulaire de la liberté de la presse, au vu de ces incidents les plus récents, les syndicats SNJ, SNJ-CGT, CFDT-Journalistes et SGJ-FO sollicitent une audience urgente pour vous faire part de la réprobation de la profession, et obtenir au plus haut niveau l’engagement que cessent ces attaques de l’appareil d’État contre les libertés constitutionnelles que sont la liberté d’informer et d’être informé, et plus largement les atteintes aux libertés fondamentales en France, pays des Droits de l’homme.

Monsieur le Président, nous vous remercions de l’attention bienveillante que vous accorderez à cette juste demande et vous prions d’agréer l’assurance de nos sentiments respectueux.

Vincent LANIER

Premier secrétaire général du SNJ

Emmanuel VIRE

Secrétaire général du SNJ-CGT

Richard HECHT

Secrétaire général CFDT-Journalistes

Tristan MALLE

Secrétaire général du SGJ-FO

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