Le SGJ-FO publie sur son site cette info-reportage de sa section syndicale du Parisien, tant elle témoigne de la situation générale de la presse et des rapports qui se tendent entre les journalistes et leurs employeurs.
Les témoignages qui suivent ont été recueillis par les adhérents du SGJ-FO. En dépit des quelques embauches, des postes continuent à disparaître en locale.
Au téléphone, ce localier réfléchit à voix haute. “On a l’habitude de travailler beaucoup”, nous dit-il. Mais ce qui est vraiment “usant”, c’est ce sentiment “de ne pas être considéré” : “On se sent comme des pions que l’on peut bouger, mais nous, c’est notre vie derrière.” Et cette angoisse, jamais bien loin, de ne pas savoir si son poste sera maintenu d’ici un, deux, trois ans, de ne pas savoir s’il sera déplacé dans une autre édition.
Comme beaucoup, il tenait au gré des restructurations. “Et puis un jour, tu regardes tes mails, tu regardes tes notifications sur tous les groupes Whatsapp, ça clignote dans tous les sens, mais tu te sens dépassé, raconte-t-il. Tu vas voir ton médecin, tu penses que tu es malade, mais en fait, tu te mets à pleurer devant lui sans discontinuer et on te conseille des anti-dépresseurs. Voilà, c’est ça qui nous arrive, je vais bientôt devoir prendre des anti-dépresseurs pour travailler”.
Au Parisien, ce journaliste n’est pas le seul à témoigner de sa souffrance au travail. L’un se dit “cramé”, l’autre “épuisé”. Dans les locales, les arrêts maladies se multiplient. Parfois le terme le plus juste serait burn-out. Durant des semaines une édition a fonctionné sans cheffe d’édition et sans cheffe adjointe. Le Val-de-Marne vient de perdre officiellement un poste de numéro 2, faute de recrutement. Tout comme l’Oise, qui va aussi perdre un poste de rédacteur. Des collègues en CDD, investis et mobilisés depuis des mois voie des années, craignent désormais d’être poussés vers la sortie.
La direction acte à marche forcée la mutualisation des encadrants de Paris et de la petite couronne. En grande couronne, déjà, les chefs ont été regroupés : 91/78 d’un côté, 60/95/77 de l’autre. Des « shifts » (matin et soir) ont été testés pour leur éviter des journées à rallonge. « Ça n’avait aucun sens, dit une journaliste. On discutait d’un papier le matin, le chef suivait le sujet toute la journée et il était censé partir pile au moment de le relire ».
« Cette absence d’horizon heureux nous bouffe tous »
Des shifts similaires devraient aussi être testés en petite couronne dans les prochains jours. « On ne sait pas comment nos chefs vont tenir le coup, s’inquiète une localière. On sent déjà qu’ils sont épuisés par le quotidien et les horaires extensibles. Ils sont régulièrement obligés de travailler sur leurs jours de congés ou pendant leurs récups, ils vont finir par péter un câble ! »
Un encadrant confie : « La où on en veut à la direction, c’est qu’on nous pousse à faire ces choix sans rien assumer. Pas un n’est venu nous voir. On nous déshabille depuis des années pour nous reprocher de ne plus être assez vêtus. »
Que ce soit en grande ou en petite couronne, le pessimisme est partagé. « Cette absence d’horizon heureux nous bouffe tous », confie une localière. « J’ai l’impression que nos conditions de travail n’intéressent pas vraiment la direction », ajoute une autre. Aucune édition n’a été épargnée par les suppressions de postes, les fermetures d’agences, le passage en coworking (pas toujours adapté aux besoins), puis la mutualisation des chefs.
“Là, on est en sous-effectif, on travaille en mode dégradé”, reprend une journaliste, qui évoque des journées de 11 heures. “Sauf qu’on sait que ce mode dégradé va continuer.” Et cette localière de s’interroger : “Je ne comprends pas, on ramène des infos canons, qui remontent en natio. Il faudrait vraiment qu’ils nous expliquent pourquoi ils déplument les locales.” Une autre s’indigne enfin de l’idée, distillée par la direction ces dernières semaines, d’un possible passage « en linéaire » du cahier print en septembre (sans éditionnement) : « Ce serait le démembrement officiel des éditions, au mépris des journalistes et lecteurs concernés. »
Ces témoignages confirment que dans les éditions, on n’en peut plus. Nous interpellons la direction depuis des semaines, des mois sur ce sujet. Le rapport du cabinet Technologia, qui avait rencontré une cinquantaine de salariés en marge de la réorganisation du Parisien, a lui aussi pointé la situation « préoccupante » dans les locales.
S’il n’y a pas de « plan caché » concernant les éditions, alors les journalistes doivent disposer des postes, des moyens nécessaires et de garanties sur la suite. Le SGJ-FO se tient prêt à mobiliser, avec les autres syndicats, pour obtenir satisfaction.
Contactez vos élus et représentants du SGJ-FO : (…)
(L’intertitre a été rajouté par le webmaster)
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